Attaque terroriste : comment ne pas mourir bêtement ?

Attaque terroriste : comment ne pas mourir bêtement ?


Cet article ne parlera pas de quoi faire si vous êtes pris en otage ou au milieu d’une fusillade (reportez-vous à la fiche mémo du Gouvernement français pour cela).

On va vous parler ici d’un autre aspect des attaques terroristes : les victimes collatérales. Celles qui peuvent être évitées si les gens n’adoptent pas un comportement stupide…

Et c’est justement parce que les événements récents ont montré mille exemples de gens stupides que cet article a été rédigé. D’ailleurs : un tout grand merci à la paire de personnes en uniforme qui ont bien voulu assurer sa relecture et apporter leurs idées.

Règle de survie #1 : respectez les périmètres et les consignes de sécurité

Tant pis si votre rencard Tinder habite dans le périmètre de sécurité, reportez-le. Si on vous dit de faire demi-tour, faites demi-tour et ne discutez pas. Les policiers sont là pour assurer votre sécurité, pas pour négocier.

Au passage, ne courrez pas vers les forces de l’ordre, évitez les mouvements brusques et gardez les mains levées, le risque d’être pris pour un kamikaze et d’être blessé par la police est réel.

Règle de survie #2 : éviter les balles perdues en se souvenant qu’une arme, ça tire loin

Respectez la règle de survie #1, c’est très bien… Ce périmètre est néanmoins un strict minimum. Pourquoi ? Les armes utilisées par les terroristes ainsi que celles utilisées par la police tirent loin. Plus loin que le périmètre.

En fait, vous pouvez en théorie mourir sans savoir d’où vient la balle, car le tireur est trop loin pour distinguer une arme. Pire, vous pouvez être mortellement touché avant même que le son du coup de feu n’arrive jusqu’à vous.

Pour mieux comprendre, voici quelques exemples de portée maximale (distance à laquelle la balle peut être mortelle) d’armes utilisées dans ce type d’incident :

  • Terroristes : Fusil d’assaut Sa vz. 58 (Pistolet mitrailleur modèle 1958) : 2 800 m – utilisé par Amedy Coulibaly lors de la prise d’otage de l’Hyper Casher en janvier 2015 ;
  • Terroristes : Fusil d’assaut Kalachnikov AK-47 : 1 500 m ;
  • Terroristes : Fusil d’assaut Kalachnikov AKM : 1 000 m – utilisé par Ayoub El Khazzani lors de l’attaque ratée du Thalys ;
  • Militaires Français : Fusil d’assaut FAMAS : 3 200 m ;
  • RAID/GIGN (Unité d’assaut de la police/gendarmerie) : Pistolet mitrailleurs HK MP5 : 500 m.

Portée des armes utilisées durant une attaque terroriste

Règle de survie #3: les balles, ça ricoche

Les balles peuvent ricocher sur différents types de surface et plusieurs fois.

Règle de survie #4 : ne pas rester près des fenêtres, éteindre les lumières

Les règles 3 et 4 sont intriquées l’une et l’autre : il faut éviter de rester à proximité d’une fenêtre et même, ne pas rester dans la même pièce que celle-ci. Lors des attaques du 13 novembre à Paris, une des victimes est morte chez elle, suite à un ricochet d’une balle passée par la fenêtre.

Il est donc essentiel de s’éloigner le plus possible des ouvertures. L’idéal est de se mettre à l’abri dans un endroit clos.

Un périmètre de sécurité est un strict minimum à respecter

Règles de survie #6 : se souvenir que les bombes peuvent contenir des éclats mortels à plusieurs kilomètres

C’est la mauvaise surprise : pour maximiser la mortalité de leur création, les artificiers y ajoutent des écrous ou des clous pour blesser et tuer sur la plus grande zone possible. Ces éclats peuvent blesser mortellement sur plusieurs kilomètres.

Lorsqu’une opération de déminage est en cours, ne restez pas à portée de vue de la bombe. Le périmètre de sécurité mis en place par la police sera toujours trop petit. Si vous doutez de cela, rappelez-vous que lorsqu’on retrouve un obus de la seconde guerre mondiale et qu’on le démine dans des conditions plus tranquilles, c’est tout le quartier qui est évacué.

Or, dans les déminages et autres manipulations de colis suspect, la foule s’agglutine toujours pour « voir ce qu’il se passe » sur ce périmètre. Erreur stupide et dangereuse.

En résumé : si vous pouvez voir les démineurs, c’est que vous êtes trop près.

Règle de survie #8 : ne pas être victime d’un sur-attentat

Cette stratégie existe : le groupe terroriste fait exploser une bombe, les secours/badauds arrivent et une autre bombe explose.

Autre scénario : une bombe explose dans un stade, la foule est évacuée, une autre bombe explose à une sortie, dans un goulet d’étranglement… Cela aurait pu être une des stratégies des attaques du Stade de France le 13 novembre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le stade n’a pas été évacué.

Donc, en cas d’attaque (qu’il s’agisse d’un commando ou d’une bombe), ne pas rester sur place, ne pas revenir sur place, ne pas venir sur place pour voir ce qu’il se passe.

Exception à cette règle : si vous restez sur place pour appliquer les premiers soins, cela reste tout aussi dangereux, mais ce n’est pas stupide, c’est héroïque. Soyez conscient du risque de sur-attentat dans la manière dont vous appliquez vos soins.

Règle de survie #9 : ne pas essayer de filmer/prendre des photos/rester regarder

C’est une suite logique de toutes les règles précédentes. La curiosité, la volonté de garder un souvenir et/ou la cupidité peuvent vous coûter stupidement la vie.

On a pu voir durant les différentes interventions de police récentes que les gens (pas uniquement les journalistes) vont même jusqu’à suivre avec leur smartphone à la main des policiers en intervention…

Règle de survie #10 : restez informé

Il est difficile d’appliquer correctement certaines des règles précédentes sans être informé.

Des consignes de sécurité plus générales peuvent être transmises via les journaux et les réseaux sociaux. Les préfectures ont souvent des comptes Twitter (exemple : préfecture de police de Paris). Le compte Twitter du Gouvernement, de la Police Nationale et du Ministère de l’Intérieur sont également des sources d’informations. En Belgique, suivez le Centre de Crise (compte bilingue).

Lors des attaques du vendredi 13 novembre, les réseaux sociaux grouillaient de messages sur une attaque dans le quartier des Halles… Qui n’a jamais eu lieu. Ne tenez compte que des informations transmises par des sources officielles : leur boulot, c’est d’éviter les blessés et les morts.

Les journaux « sérieux » (c’est difficile à définir) peuvent aussi donner des informations utiles, mais à prendre avec un maximum de recul (faites bien attention quand ils utilisent le conditionnel par exemple).

Oubliez l’idée d’utiliser les réseaux sociaux pour vous informer, on ne sait jamais ce que sont prêts à faire les gens pour des likes, retweets ou faire une mauvaise et dangereuse blague.

Règle hors sujet : ne révélez pas le plan aux méchants

Dans les films, les méchants font toujours un long discours dans lequel ils révèlent leur plan aux gentils… Dans la réalité, c’est l’inverse. Les gentils parlent trop.

Si vous pouviez éviter de transmettre des informations (photographiques ou textuelles) sur la position des forces de l’ordre, le nombre d’unités en présence, le type d’unités, le déroulement d’un assaut, etc. Ce serait super. Les terroristes aussi ont des smartphones.

 

Mise à jour 04/12/2015 :

Le Gouvernement français vient de publier une fiche mémo utile à connaître intitulée « Réagir en cas d’attaque terroriste ». Une page internet sur le sujet a également été mise en place. L’article de TPN! est mis à jour avec les deux dernières cases, très pertinentes.

Comment réagir en cas d'attaque terroriste ?